La Thaïlande est depuis longtemps présentée comme un paradis fiscal pour les expatriés : pas d’impôt sur les plus-values, pas de CSG/CRDS, et des taux d’imposition sur le revenu parmi les plus bas d’Asie. Mais depuis 2024, une réforme fiscale importante a changé les règles du jeu pour les résidents fiscaux thaïlandais. Ce guide fait le point sur la situation en 2026 pour les retraités français, les digital nomads et les entrepreneurs expatriés.
Pour comprendre le cadre général de l’expatriation en Thaïlande, commencez par consulter notre guide complet sur l’expatriation en Thaïlande.
🏠 La résidence fiscale thaïlandaise : qui est concerné ?
Selon le Revenue Code thaïlandais, vous êtes considéré comme résident fiscal thaïlandais dès lors que vous séjournez en Thaïlande plus de 180 jours au cours d’une année civile. Ce seuil est cumulatif sur l’ensemble de l’année, sans nécessité de présence continue.
Point crucial : le visa ne détermine pas la résidence fiscale. Que vous soyez titulaire d’un visa touriste, d’un visa retraite ou d’un LTR Visa, si vous passez plus de 180 jours en Thaïlande, vous êtes résident fiscal thaïlandais et soumis aux obligations déclaratives correspondantes.
🔄 La réforme fiscale 2024 : ce qui a changé
Avant 2024, la règle thaïlandaise était simple : seuls les revenus étrangers rapatriés en Thaïlande la même année qu’ils étaient gagnés étaient imposables. Beaucoup d’expatriés profitaient de cette règle en attendant l’année suivante pour transférer leurs fonds.
Depuis le 1er janvier 2024, cette faille est fermée. Désormais, tous les revenus de source étrangère gagnés à partir de 2024 et transférés en Thaïlande sont imposables, quelle que soit l’année du transfert.
Proposition d’amendement 2026 : le gouvernement thaïlandais a proposé une exemption pour les revenus rapatriés dans les deux années fiscales suivant leur obtention (exemple : revenus 2024 rapatriés en 2024 ou 2025 seraient exonérés). Cette mesure vise à encourager les rapatriements de capitaux. Elle était en cours d’approbation au moment de la rédaction de ce guide — vérifiez l’état d’avancement auprès du Revenue Department.
📊 Les tranches d’imposition thaïlandaises (Personal Income Tax)
L’impôt sur le revenu des personnes physiques (PIT) en Thaïlande est progressif, avec des taux allant de 0 % à 35 % :
- 0 à 150 000 THB (~4 100 €) : 0 %
- 150 001 à 300 000 THB (~8 200 €) : 5 %
- 300 001 à 500 000 THB (~13 700 €) : 10 %
- 500 001 à 750 000 THB (~20 500 €) : 15 %
- 750 001 à 1 000 000 THB (~27 400 €) : 20 %
- 1 000 001 à 2 000 000 THB (~54 700 €) : 25 %
- 2 000 001 à 5 000 000 THB (~136 900 €) : 30 %
- Au-delà de 5 000 000 THB : 35 %
Des abattements personnels significatifs s’appliquent : 60 000 THB d’abattement personnel, 30 000 THB par conjoint dépendant, ainsi que des déductions pour assurance maladie, dons, etc. En pratique, un retraité percevant 50 000 THB par mois de revenus imposables en Thaïlande sera peu taxé.
🤝 Convention fiscale France-Thaïlande : ce qui protège les retraités
La convention fiscale bilatérale entre la France et la Thaïlande prévoit des règles claires sur l’imposition des pensions et retraites. C’est une excellente nouvelle pour les retraités français installés en Thaïlande.
Les pensions françaises : imposées en France, exonérées en Thaïlande
Conformément aux articles 18, 19 et 23 de la convention France-Thaïlande, les pensions de retraite françaises (régimes publics et privés, retraites complémentaires AGIRC-ARRCO) restent imposées exclusivement en France. Même si vous rapatriez votre pension en Thaïlande, elle ne sera pas soumise à l’impôt thaïlandais.
L’ambassade de France en Thaïlande a confirmé cette interprétation : les retraités français résidents fiscaux thaïlandais n’ont pas à déclarer leurs pensions françaises au Revenue Department thaïlandais, et ces pensions ne comptent pas dans le seuil de déclenchement des obligations déclaratives.
Documents à conserver : vos avis d’imposition français, bulletins de pension avec retenue à la source et, si le Revenue Department vous demande des justificatifs, une traduction certifiée peut être requise.
Les revenus du capital : attention à la réforme 2024
Les revenus d’intérêts, dividendes et loyers de source française perçus par un résident fiscal thaïlandais peuvent, en revanche, être concernés par la réforme de 2024 s’ils sont rapatriés en Thaïlande. La convention prévoit un crédit d’impôt pour éviter la double imposition : l’impôt déjà payé en France sera déduit de l’impôt dû en Thaïlande.
💡 Avantages fiscaux de la Thaïlande pour les expatriés
- Pas d’impôt sur les plus-values : la Thaïlande n’impose pas les plus-values réalisées à l’étranger (sur des actions, de l’immobilier en France, etc.), même rapatriées en Thaïlande
- Pas de CSG/CRDS : les résidents fiscaux thaïlandais ne paient pas les prélèvements sociaux français sur leurs revenus du patrimoine (sous conditions — vérifiez avec un conseiller fiscal)
- Pas d’impôt sur la fortune : la Thaïlande n’a pas d’équivalent de l’IFI français
- Pas de droits de succession : les successions en Thaïlande ne sont pas soumises à des droits de succession significatifs
📝 THNV et déclaration fiscale en Thaïlande
Le Taxpayer Identification Number (TIN)
Tout résident fiscal thaïlandais doit obtenir un numéro d’identification fiscale thaïlandais (TIN, parfois appelé THNV). Cette démarche est gratuite et s’effectue auprès du Revenue Department local avec votre passeport et des justificatifs de résidence en Thaïlande (contrat de location, relevé bancaire).
La déclaration annuelle
La déclaration annuelle de revenus (formulaire PND90) est obligatoire si vos revenus imposables en Thaïlande dépassent 120 000 THB par an. La période de déclaration s’étend généralement de janvier à mars pour les revenus de l’année précédente.
Pour les retraités français dont les revenus en Thaïlande sont limités aux pensions protégées par la convention bilatérale, l’obligation déclarative peut ne pas s’appliquer. Consultez un expert fiscal thaïlandais ou l’ambassade de France pour confirmer votre situation personnelle.
💻 Situation des digital nomads et entrepreneurs
La réforme de 2024 est particulièrement importante pour les digital nomads et freelances qui travaillent en Thaïlande pour des clients étrangers.
- Si vous séjournez plus de 180 jours en Thaïlande et rapatriez vos revenus freelance, ces revenus sont désormais soumis à l’impôt thaïlandais (PIT de 0 % à 35 %)
- Le Destination Thailand Visa (DTV), lancé en 2024, est conçu pour les remote workers et digital nomads : il permet des séjours de 180 jours renouvelables, sans work permit requis pour le travail à distance pour une entreprise étrangère
- Si votre activité ne bénéficie pas à une entité thaïlandaise, vous n’avez généralement pas besoin de work permit, mais les 180 jours de présence déclenchent la résidence fiscale
Pour les entrepreneurs souhaitant créer une structure en Thaïlande, des options existent (BOI promotion, Thai Limited Company, etc.) avec des avantages fiscaux spécifiques.
🚨 Points d’attention pour 2026
- La réglementation évolue rapidement : vérifiez les dernières circulaires du Revenue Department
- Ne confondez pas résidence fiscale (180 jours de présence) et statut de visa
- Conservez tous vos justificatifs de revenus et d’impôts payés en France en cas de contrôle
- En cas de doute, consultez un avocat fiscaliste thaïlandais ou un expert-comptable spécialisé dans l’expatriation
Pour les retraités, la Thaïlande reste globalement un environnement fiscal favorable, avec une protection efficace des pensions françaises grâce à la convention bilatérale. Pour en savoir plus sur l’organisation de votre retraite à l’étranger, découvrez notre guide sur la retraite en Thaïlande ainsi que les démarches administratives dans notre article sur le visa Thaïlande.
Vous envisagez de travailler en Thaïlande ? Consultez notre guide sur le travail en Thaïlande pour connaître les démarches et les options de visa professionnelles.
